Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Témoignages de la source/Testimonies about the source

C'était en 1998 et 1999, je vivais à Paris.

Je cherchais à rejoindre une troupe de théâtre et un ami m'a parlé de B.O. Je l'ai contacté et rencontré lors d'un déjeuner tout près de l'Arc de Triomphe. Il a été très vite dans la séduction et la manipulation, en suggérant « qu'on n'entrait pas comme ça dans sa troupe », que « je devais travailler sur moi », sur mes failles personnelles, « parce que j’en avais beaucoup », en venant dans son centre bouddhiste.

Etant consciente de mes difficultés et de mon mal-être, je suis allée au centre bouddhiste, qui se trouvait dans son appartement. Bien sûr il fallait participer financièrement pour suivre les enseignements, or je n’avais vraiment pas de moyens financiers me le permettant. J'ai quand même participé à plusieurs sessions de méditation et d’initiation avec plusieurs lamas tibétains en échange de traduction, de nettoyage, de vaisselle et autres participations aux tâches ménagères quand sa femme était absente.

Durant tout ce temps, il a toujours été très séducteur, il me flattait, puis se montrait comme un père attentionné et prévenant mais avec des regards insistants et libidineux, des mains baladeuses dès que j’étais à portée de bras, des enlacements dont je ne savais pas sortir. B.O. mesure près d’1 m 90, et moi, 1 m 60, et quand il vous prend dans ses bras pour vous dire bonjour ou au revoir, en essayant de vous embrasser sur la bouche, il n’est vraiment pas facile de s’en dépêtrer et de tout esquiver ! J’avais cependant remarqué qu’il n’avait pas ce comportement avec toutes les femmes et qu’il ne le faisait pas non plus quand son fils, ou sa femme, hôtesse de l’air, étaient présents.

Le climat était toujours un peu lourd et ambivalent, bourré de sous-entendus bizarres, que ce soit entre femmes, et entre femmes et hommes au sein du centre, du genre "tu comprendras quand B.O. te le dira », ou « tu n’es pas là depuis assez longtemps », ou « attends encore un peu, tu verras, il va s’occuper de toi… » ou « oui mais toi, tu ne peux comprendre que dans la profondeur...", accompagné de silences pesants, de regards qui en disent long et/ou de sourires en coin.

A l'époque, j’étais très mal dans ma peau, je n’avais pas de travail, pas plus dans le théâtre. Je ne savais même plus ce que je foutais encore à Paris. J’avais déjà eu affaire à des réalisateurs et directeurs de casting qui avait été cash dans leurs demandes en disant : « ben vas-y, déshabilles-toi si tu veux que je m’intéresse à toi, si tu veux un rôle, enlève ta culotte… », dans ces cas-là, je partais immédiatement.

Mais ici, avec B.O., c’était bien différent. Il a usé de manipulation et de séduction, il a utilisé mes fragilités psychologiques pour abuser de moi et d’autres femmes, que ce soit psychologiquement ou sexuellement. D'ailleurs, c’était presque « normal » à cette époque-là, on ne parlait pas de harcèlement, ou d’abus sexuel, de viol ou de perversion narcissique comme aujourd’hui!

A l’époque, je prenais ce comportement comme un geste d’affection d’un substitut paternel qui m’avait énormément manqué et je me disais que ce devait être un langage du bouddhisme auquel je n'avais pas encore accès vu mes faibles connaissances en la matière. Je lui posais régulièrement la question de mon introduction dans la troupe de théâtre et il esquivait le sujet en disant que je n’étais pas prête, que je devais encore méditer beaucoup plus, jusqu’au jour où je lui ai dit qu’en fait, il n’avait pas l’intention de m’engager et où il m’a demandé, une fois de plus, de rester après la session de méditation pour en discuter. Bien sûr, comme à chaque fois qu’il demandait à des participantes de rester, sa femme était absente et il fallait faire le repas, faire la vaisselle, ranger la gompa, coucher son fils… avant de s’asseoir et de boire du vin en discutant.

Ce soir-là, il avait demandé à une autre fille de rester et comme il était soi-disant fatigué, il nous a demandé de venir discuter dans sa chambre à coucher, c’était déjà louche puis de fil en aiguilles, d’insinuations en provocations, de lancements de défi et autres chantages, de dévalorisations, de critiques et jugements sur nos valeurs morales qu’il cassait et retournait à son avantage, nous nous sommes retrouvés tous les trois nus sur son lit. C’était dégueulasse et répugnant. Il a même eu le culot de nous dire qu’il ne bandait pas à cause de nous, car il ne faisait pas ça pour lui, il était trop bien avec sa femme, mais il le faisait pour nous, pour notre évolution, parce que c’était la seule manière que nous deux, nous pouvions comprendre et intégrer les enseignements qu’il nous prodiguait si généreusement, que d’ailleurs, la majorité des femmes ne pouvait intégrer la profondeur des enseignements bouddhistes que par le plaisir sexuel ! Et parce que je n’ai pas détecté sa manipulation perverse et que mon désir d’intégrer sa troupe était ce qui me tenait le plus à cœur, je me suis forcée à me laisser faire.

Je ne savais pas non plus à ce moment-là que, dans le bouddhisme, les femmes sont hiérarchiquement situées dans une caste considérée comme inférieure à la caste des hommes, et justes au-dessus des animaux. Après ça, B. O. m’a autorisée à participer à un stage de théâtre, ce fut le seul, payant bien sûr, et il ne m’a jamais intégrée dans sa troupe, soi-disant que j’y entrais trop « tard » pour jouer à Avignon cet été-là.

J’ai continué à pratiquer le bouddhisme en espérant pour l’année suivante, et, au fur et à mesure, j’ai essayé de me faire respecter et j’esquivais au mieux tous ses gestes déplacés lors des soirées auxquelles j’étais conviée. Il faut se rendre compte que c’était considéré comme un honneur que d’être invitée à rester, parfois avec lui et quelques personnes du groupe, parfois avec les lamas. D’ailleurs certaines femmes plus âgée et moins jolies que celles conviées à rester, en éprouvaient vraiment de la souffrance, de l’injustice et de l’incompréhension. Du coup, certaines fois, il me disait : non, ce soir, je vais accepter Carine parce qu’elle est tellement … (une belle critique dévalorisante), tu comprends, je dois lui parler pour lui faire comprendre », etc.

Finalement, en constatant que je me défilais systématiquement et que je contestais et refusais ses avances tout en lui posant toujours la question d’entrer dans sa troupe, que je rechignais à payer les sessions parce que je n’avais vraiment pas d’argent, il m’a proposé de me payer pour être son assistante sur un séminaire avec des dirigeants d’entreprise. Je lui demandé si j’aurais ma propre chambre, il m’a assuré que oui. J’ai accepté et quand nous sommes arrivés sur place, bien sûr, il n’y avait qu’une seule chambre réservée pour lui et moi. J’étais coincée…

Après ça, je crois que j’ai peut-être fait encore quelques initiations que j’avais envie de recevoir, puis comprenant bien que je n’aurais décidément pas de place dans sa troupe, j’ai enfin réussi à arrêter d’y aller. Quelques mois plus tard, je suis revenue en Belgique, j’ai fait ma licence en psychologie clinique et c’est pendant mes études que j’ai mis pris conscience que mon mal-être et ma sensation d’être souillée, dévalorisée, provenait de cet épisode supplémentaire. En effet, je savais que je n’avais pas été violée au sens propre du terme, j’avais 25 ans, donc je n’étais pas une gamine facile à berner, et comme j’avais cessé de jouer son jeu, je me sentais coupable d’avoir été abusée, parce que je considérais que je m’étais abusée toute seule par mon désir d’entrer dans sa troupe de théâtre. Mais quand j’ai lu différents ouvrages sur les pervers narcissiques, là j’ai pleinement réalisé et je me suis vraiment rendue compte qu’il s’agissait bel et bien d’un réel abus sexuel avec harcèlement mis en place par un vrai pervers narcissique.

Je n’ai jamais porté plainte parce qu’à l’époque, on m’aurait tout simplement ri au nez, traitée de menteuse, d’affabulatrice, d’allumeuse, d’hystérique ou autre… en tout cas, je sais que je n’aurais pas été prise au sérieux, encore moins dans un pays qui n’était pas le mien, et où cet homme avec des relations très haut placées me donnaient à penser qu’il était préférable de se taire.

Ensuite, je suis rentrée en Belgique et je ne voyais pas non plus l’intérêt de porter plainte ici pour un fait qui s’était passé là-bas ! L’Europe ne fonctionnait et ne fonctionne toujours pas à tous les niveaux.

En revanche, si aujourd’hui, j’ose dire et raconter cet épisode précis, c’est parce que je viens d’être informée de la venue de cet homme en Belgique. Je ne peux pas garder le silence et le laisser faire d’autres victimes impunément. En brisant ce silence, je fais ma part, comme le colibri dans l’histoire racontée par Pierre Rabhi, en espérant que d’autres victimes trouvent le courage de se manifester pour que d’autres femmes ne soient pas prises dans ses filets.

A.R.

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

commentaires

Fr 28/02/2018 08:22

Ce témoignage cadre parfaitement et tristement avec le schéma habituel de ce genre d'individu manipulateur pervers. C'est autant banal que révoltant... Et toujours cette loi de l'omerta!! Il ne faudrait jamais attendre si longtemps avant de dénoncer ce types de comportements chez des soi-disant maîtres. C'est difficile de faire la démarche, hélas, d'autant que les filles, les femmes sont si peu entendues et finissent par sortir d'un bureau de police non dans la peau de la victime mais bien dans celle de la coupable. C'est un comble mais c'est encore trop souvent ainsi. Ne renonçons pas pour autant ! Fr

Témoignages de la source/Testimonies about the source

Ce blog regroupe les témoignages d'anciens adeptes ayant participé aux séminaires "Retreat to the Source", aujourd'hui Cobaltsaffron Retreat, qui se donnent au château de M. dans le sud de la France, à San Francisco et Londres. Ce blog est simplement le dire d'un vécu parfois bouleversant, le dire, simplement pour tenter de guérir ses blessures, de mettre des mots quand il n'a pas été toujours possible de le faire, par honte, par peur. Les mots d'une mise en garde bienveillante..

Hébergé par Overblog